Sang-émotion

Publié le par Yeoshoua

Poème. 
Sang-émotion
par Yehoshua Ra'hamim Dufour

Ce chabbate, même sous la Soucca, j'ai vu
le regard des mères qui pleuraient et criaient  : 
"j'ai vu, disait l'une d'elles, j'ai vu un seul instant cette image
et, depuis, tout le jour et toute la nuit, elle me poursuit.
Mais où était notre armée ? Où étions-nous aussi ?
Où était-elle quand ils ont assailli la tombe de Yossef ?
Où était-elle, existait-elle quand notre soldat druze attendait l'aide
et perdait goutte à goutte son sang ? Cinq heures d'attente et puis mourir
à quelques kilomètres alors qu'ils le savaient, tous nos officiers.
Ils nous l'ont dit après : on attendait, 
il ne fallait pas aggraver d'éventuels pourparlers.
Mais un soldat mourait ! Et jamais vous n'aviez abandonné
un des nôtres blessés. Jaamais, qui êtes-vous devenus ?
Oui, mais Arafat il ne faut jamais le contrarier.
Ni le Président Clinton qui nous a tant aidé pour les élections les gagner.

Comment ?!, mais il perd tout son sang, et l'autre que l'on égorge
et vous le saviez aussi : ils l'avaient dit et annoncé !
Vous les laissiez tirer sur nos maisons, sur les mères qui conduisaient
les enfants à l'école, et sur les pères qui rentraient du travail.
Mais pourquoi !  criait cette mère.
Pourquoi ceux qui décident ne veulent-ils pas stopper contre nous tous ces tirs ?
Ils le peuvent, ils le disent. Mais ils leur laissent le champ libre.

Pourquoi, a dit cette mère, le Ciel ne vient-il pas arrêter ces complices
du meurtre de mon fils. Ce sang, je l'ai vu, jamais je ne pourrai l'oublier,
cette joie des assassins et de leur foule. Cela, beaux salauds, c'est pour vous la paix.
Mais moi, la douleur infinie, incessante, de l'épouse, je l'ai, je la sens,
et celle des enfants qui se tendent vers leurs sentiments tués par vos silences.

Pourquoi le Ciel n'arrête-il pas ces ignominies ? (Elle crie).
Je lui ai dit : le Ciel nous a donné la vie, et la terre promise, et le bonheur d'être ici.
Il a donné aussi la liberté. Et certains l'utilisent pour détruire ainsi
leurs frères, leur terre, le bonheur des familles par ces milices 
qu'ils ont fait entrer ici, qu'ils ont laissé s'armer. Ils les ont excitées
jusqu'à leur proposer la victoire finale à leur portée
et nous égorger.

Mais comment pourrais-je vivre, me dit en larmes cette mère, 
mes fibres de mère et d'épouse voient sans cesse ces mains qui étranglent 
et qui tranchent. 
Elle crie : ah, vous dites qu'il faut bien des sacrifices pour votre paix maintenant.
Arrêtez ces mots qui m'assassinent, même si vous me filmez par vos journalistes.
Ah, qu'il est beau de recevoir chez vous Arafat à diner,
et dormir à la Maison Blanche et le Nobel à votre portée.
Mais le rav Hillel Lieberman massacré et ses sept enfants écrasés.

Arrêtez, Madame, vous nous importunez, on me demande au téléphone,
je suis pressé, voici Arafat, la paix est donc à notre portée,
ne me passez pas les communications si un autre Juif est étranglé,
j'ai Clinton en ligne, "mais bien entendu, Monsieur le Président,
mais oui Monsieur le Président, venez, nous vous recevrons à diner".
Je m'excuse, Madame, mais je vais donner une conférence de presse,
je dois la préparer : "nous serons ferme à l'avenir, je donnerai une
nouvelle chance à la paix, nous sommes encore prêts à patienter".
Messieurs des sondages, ai-je pas bien parlé ?
Je n'étais pas assez assuré ? Je dois mieux me préparer.

Mais nous, les mères, et nos enfants, Monsieur qui décidez,
mais ces jeunes hommes dont vous laissez perdre leur sang que nous avons fait,
nous vous crions : "pourquoi des Juifs, pourquoi une armée,
pourquoi des ministres et des rabbins et des officiers,
pourquoi personne ne s'est levé pour dire : stop à vos complicités,
sauvons maintenant les vies de nos enfants menacées".

Je ne comprends pas, m'a dit cette mère,
jamais je n'aurais imaginé que si bas nous puissions ici tomber.
Ce sang de la vie de mes enfants,
c'est vous, c'est vous qui l'avez fait couler.
Cela n'est pas gouverner, c'est faire assassiner ses propres enfants
et ensuite aller serrer les mains rouges de sang de ceux qui vous avez commandités.
Elles ne sont pas blanches vos mains, elles sont rouges du sang
de mes enfants, de mon mari que vous m'avez volé,
volé chaque jour de toute l'éternité.

Je suis une femme, je suis une mère,
mais je sais maintenant qui vous êtes
vous les hommes aux mots de paix. Vous mentez. Vous tuez,
toujours satisfaits.
Aucun de vous, ministres, ne s'est même déplacé pour enterrer Vadim Norzits
C'est écrit en première page de Maâriv.

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