Walesa, Havel & Co : les nouveaux héros de la démocratie ?

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Walesa, Havel & Co : les nouveaux héros de la démocratie ? 

Les réformes en faveur de «l'économie de marché», mot magique lors de la réintroduction du capitalisme (en Europe de l'Est, ndlr), prévalaient sur le caractère démocratique du régime. Tant que la démocratie pouvait servir à déstabiliser le système communiste à parti unique, elle était défendue par les forces réactionnaires. Mais dès l'instant où la démocratie nuisait à l'instauration de l'économie de marché, elle était beaucoup moins tolérée. (...)

Des groupements ouvertement antisémites, des partis néo-fascistes et des campagnes de haine ont vu le jour en Russie, Pologne, Hongrie, Ukraine, Biélorussie, Tchécoslovaquie et Roumanie. Les musées commémorant la résistance héroïque contre le fascisme ont été fermés et les monuments de la lutte contre le nazisme ont été démolis. Dans les pays tels que la Lituanie, d'anciens criminels de guerre nazis ont été réhabilités. Certains ont même été dédommagés pour les années passées en prison. Les cimetières juifs ont été profanés et les attaques contre les étrangers se sont multipliées. Les communistes ayant disparu, les mauvaises moissons, l'inflation, la violence et autres calamités sociales étaient tout à coup imputées aux Juifs et aux étrangers. Le 11 juin 1995, le prêtre Henryk Jankowski, confesseur de Lech Walesa, déclarait pendant un office religieux à Varsovie que «l'étoile de David est enchevêtrée aussi bien dans la croix gammée que dans le marteau et la faucille» et (...) que les Polonais ne devaient pas accepter de gouvernements liés à l'argent juif. Walesa a affirmé que son ami Jankowski n'était pas un antisémite mais qu'on l'avait «mal compris». (...) Durant la même période, lors d'une réunion de Solidarnosc avec 10 000 participants, on pouvait lire sur des pancartes des slogans comme «Envoyez les juifs aux chambres à gaz» et «A bas le complot judéo-communiste». Les autorités ecclésiastiques et publiques n'ont pas jugé nécessaire d'émettre des critiques.1 (...)

En 1996, le président biélorusse Alexander Loukachenko a interdit les journaux et les radios indépendants et renvoyé le parlement. Il admirait le talent organisateur d'Hitler. Après un référendum à participation massive, Loukachenko s'est investi d'un pouvoir absolu. Mais personne n'a jamais su combien de bulletins de vote avaient été imprimés, ni comment ils ont été comptés. Certains dirigeants de l'opposition ont fui, pour leur vie. «La Biélorussie, jadis une république soviétique prospère qui produisait des tracteurs et des téléviseurs, est aujourd'hui au bord du désespoir», avec un tiers de la population qui vit dans «la misère noire».2

Faut-il admirer Vaclav Havel ?

Aucun restaurateur du capitalisme en Europe de l'Est n'a reçu autant d'éloges des dirigeants américains, experts médiatiques et académiciens que Vaclav Havel, l'auteur dramatique devenu premier président de la Tchécoslovaquie post-communiste et, plus tard, de la République tchèque. Les nombreux progressistes qui partagent cette admiration pour Havel semblent ne pas voir certains éléments concernant ce personnage: son obscurantisme religieux, la répression de ses opposants de gauche et son dévouement pour l'inégalité économique et le capitalisme débridé. Havel est né dans une famille riche et foncièrement anticommuniste. (...) Il aspirait à un nouveau type de dirigeants politiques qui, plutôt que de se fier au «rationnel et au cognitif», fassent preuve d'«humilité devant l'ordre mystérieux de Dieu».3 (...) Havel s'est empressé de participer à la guerre du Golfe de George Bush senior, une guerre qui a coûté la vie à 100 000 civils irakiens. En 91, comme les autres dirigeants pro-capitalistes dans les pays de l'Est, et comme les Etats-Unis, Havel a condamné les violations des droits de l'homme à Cuba. Mais il n'a jamais soufflé mot sur les violations des droits de l'homme au Salvador, en Colombie, en Indonésie ou dans d'autres pays-satellites des Etats-Unis.

En 92, ce «grand démocrate» a exigé la dissolution du parlement tchèque. Il gouvernerait dorénavant par décrets afin de faciliter l'instauration de «l'économie de marché». La même année, il a signé une loi condamnant la défense du communisme comme un délit passible d'une peine de prison de huit ans. (...) En 95, il a soutenu et signé d'autres lois antidémocratiques interdisant l'accès aux fonctions publiques pour les communistes et les anciens communistes. Pour Havel, la diffusion de l'anticommunisme restait une des priorités. Il a mené une campagne internationale acharnée4 pour maintenir Radio Free Europe et Radio Liberty, deux radios du temps de la Guerre froide, pour qu'elles puissent continuer à diffuser leur propagande anticommuniste dans les pays de l'Est.

Havel : les syndicats n'ont pas à s'occuper de politique

Le gouvernement Havel a voté une loi interdisant de propager la haine sur base de la nationalité, de la religion ou de la classe. En réalité, cette loi permet de poursuivre comme illégale toute critique contre les classes fortunées, ces critiques étant considérées à tort comme intolérance ethnique et religieuse. Le gouvernement Havel a également sommé les syndicats de ne pas s'occuper de politique. Les biens de certains syndicats combatifs ont été saisis et transférés à des syndicats dociles.

En 1995, Havel a déclaré que la «révolution» contre le communisme ne serait achevée que lorsque tout serait privatisé. Son gouvernement a liquidé les biens de la Fédération des jeunesses socialistes. Les terrains de camping, salles de récréation, infrastructures culturelles et scientifiques ont tous été transférés à cinq sociétés anonymes privatisées. Il ne restait aux jeunes qu'à flâner dans les rues. Durant les programmes de privatisation et de «redressement», des usines, des magasins, des immeubles et beaucoup d'autres biens publics ont été vendus pour un morceau de pain à des capitalistes tchèques ou étrangers. Dans les républiques tchèque et slovaque, les anciens aristocrates ou leurs héritiers ont récupéré les terres que leurs familles avaient possédées avant 1918, dans l'ancien empire austro-hongrois. Les propriétaires actuels ont été expropriés et beaucoup d'entre eux sont tombés dans la pauvreté. Havel lui-même s'est approprié une série de propriétés publiques ayant appartenu à sa famille 40 ans auparavant. Celui qui prétendait aider les autres n'a pas oublié de se servir. Pour toutes ces raisons, nous avons peu d'admiration pour Vaclav Havel.

1 Nation, 7 août 1995 · 2 San Francisco Bay Guardian, 4 décembre 1996 · 3 Voir l'article stupide publié par Havel dans le New York Times du 3 janvier 1992. Aux Etats-Unis, ses admirateurs ont observé un silence gêné après cette publication · 4 San Francisco Chronicle, 17 février 1995.

 

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