Certains trouvent le communisme pire que les crimes contre l'humanité

Publié le

Certains trouvent le communisme pire que les crimes contre l'humanité


Le professeur américain Michael Parenti et le débat sur le passé (2e partie) Photo: enfants vietnamiens après une attaque américaine au napalm. (Photo Nick Ut)

Certains trouvent le communisme pire que les crimes contre l'humanité
Globalisation, récession, régression sociale et économique durable et profonde en Europe de l'Est, pourtant libérée de la «dictature communiste». Les interrogations et la lutte contre ces fléaux annoncent la fin de la fin de l'histoire. Les gens se mettent en mouvement, de Seattle à Göteborg, de Gênes à Bruxelles. Dans ce contexte, le débat sur le passé prend toute son importance. Cette semaine, nous publions une deuxième contribution du professeur américain en sciences politiques Michael Parenti, dont EPO vient de publier l'ouvrage Zwarthemden & Roden, (Chemises noires et rouges, le fascisme rationnel et le renversement du communisme). Cette contribution est extraite du troisième chapitre de son ouvrage.*

Pour les anticommunistes de gauche, chaque association avec des organisations communistes est moralement inacceptable à cause des «méfaits du communisme». Néanmoins, nombre d'entre eux entretiennent des contacts, en tant que membres ou électeurs, avec le Parti Démocrate aux Etats-Unis. Visiblement, ils se soucient peu des méfaits politiques moralement inacceptables que les dirigeants de cette organisation ont commis. Sous la direction démocrate, 120.000 Américains d'origine japonaise ont été emmenés et enfermés dans des camps; on a jeté des bombes sur Hiroshima et Nagasaki; le FBI a reçu l'autorisation d'infiltrer des organisations politiques; sur base du Smith Act et à cause de leurs convictions politiques, les dirigeants du Trotskyist Socialist Workers Party ont été arrêtés, puis ce fut au tour des dirigeants communistes; des camps d'enfermement ont été mis sur pied pour interner les dissidents politiques en cas d' «état d'urgence national»; fin des années 40 et début des années 50, huit mille fonctionnaires fédéraux ont été licenciés à cause de leurs idées ou de leurs liens politiques; durant la chasse aux sorcières, des milliers d'autres ont subi le même sort, toutes catégories professionnelles confondues; on a utilisé le Neutrality Act pour imposer à la République espagnole un embargo qui arrangeait les légions fascistes de Franco; dans différents pays du tiers-monde, des programmes anti-émeutes meurtriers ont été mis en place; la guerre du Vietnam s'est intensifiée. Et pendant la majeure partie du 20ème siècle, le Parti Démocrate, qui avait la majorité au Congrès, a défendu la séparation des races. Il a interdit toutes les propositions de loi contre les partis lyncheurs et pour des conditions de travail équitables. Et pourtant, malgré tous ces méfaits qui ont causé morts et désolations, les progressistes, les socio-démocrates et les «démocrates socialistes» anticommunistes n'ont pas demandé la condamnation du Parti Démocrate ou, en tout cas, pas avec la même intolérance enflammée que celle que le communisme a dû endurer.

Beaucoup de progressistes ne veulent pas être associés aux organisations communistes, mais entretiennent des liens avec le Parti Démocrate aux Etats-Unis, qui a commis de nombreux méfaits. Photo: enfants vietnamiens après une attaque au napalm. (Photo Nick Ut)

Points de divergences

Selon certains Américains de gauche, les bouleversements survenus en Europe de l'Est n'ont pas signifié le déclin du socialisme, car le socialisme n'a jamais existé dans ces pays. Ils prétendent que les Etats communistes n'offraient rien de plus qu'un capitalisme d'Etat bureaucratique dans un système à un seul parti, ou quelque chose du genre. Que nous appelions auparavant les pays communistes «socialistes» n'est qu'une question de définition. Il suffit de dire qu'ils étaient différents de ce qui se passait dans le monde capitaliste axé sur le profit ­ comme les capitalistes s'en sont eux-mêmes rapidement aperçus.

Au tout début, il y a avait dans les pays communistes moins d'inégalité économique que sous le gouvernement capitaliste. Le revenu personnel et le style de vie du gouvernement et du parti dirigeant restaient modestes. Les dirigeants soviétiques comme Youri Andropov et Léonide Brezjnev n'habitaient pas dans des demeures luxueusement aménagées comme la Maison Blanche, mais dans des appartements relativement grands près du Kremlin, dans un projet de nouvelles constructions destiné aux leaders du gouvernement. Il y avait des limousines à leur disposition (comme c'est d'usage pour les chefs d'Etat) et ils avaient accès aux grandes datchas où ils recevaient les dignitaires de haut rang. Mais il leur manquait l'immense richesse personnelle dont disposaient la plupart des dirigeants américains.

La presse américaine parlait souvent du «luxe» dans lequel vivaient les dirigeants de parti est-allemands. En réalité, ceux-ci touchaient une rémunération d'environ 800 euros (32.000 FB) en espèces et une habitation dans un complexe exclusif dans la périphérie de Berlin, avec un sauna commun, une piscine couverte et un centre de fitness. Ils pouvaient faire des achats dans des magasins où l'on vendait des produits occidentaux, comme des bananes, des jeans et des appareils ménagers importés du Japon. Cette presse omettait cependant de mentionner que les autres Est-allemands disposaient, eux aussi, de piscines et de salles de gymnastique publiques, qu'ils pouvaient acheter des jeans et des appareils ménagers (même s'ils étaient généralement de production est-allemande). Et surtout, ce «luxe» des dirigeants est-allemands n'était jamais comparé aux richesses exorbitantes de la ploutocratie occidentale.

En deuxième lieu, les forces de production dans les pays communistes n'étaient pas organisées sur base de la course au bénéficie ou de l'ambition de s'enrichir. La propriété commune des moyens de production prédominait sur la propriété privée. Les individus n'étaient pas autorisés à employer d'autres individus dans le but d'accumuler des richesses. Par rapport à l'Occident, les différences de revenus et d'économies restaient généralement faibles. En Union soviétique, la catégorie de revenus la plus élevée gagnait jusqu'à cinq fois le revenu de la catégorie de revenus la plus basse. Aux Etats-Unis, le revenu annuel des multimilliardaires les plus riches s'élève jusqu'à dix mille fois celui des salaires les plus faibles.

En troisième lieu, le service social était prioritaire. Même si la vie sous le communisme présentait de nombreuses carences, ces pays garantissaient à leurs citoyens un niveau de vie et de sécurité économique minimal: enseignement, emploi, logement et assistance médicale.

En quatrième lieu, les pays communistes ne cherchaient pas à placer des investissements rentables dans les pays étrangers. Ils ne s'appropriaient pas les terres, la main d'uvre, les marchés et les matières premières des pays plus faibles et ils ne se rendaient pas coupables d'impérialisme économique, parce que la soif de bénéfice leur était étranger et qu'il ne recherchaient pas sans cesse de nouvelles possibilités d'investissement. L'Union soviétique observait des relations de commerce et d'assistance correctes dont ont profité entre autres les pays de l'Est, la Mongolie, Cuba et l'Inde.

Voilà les principes organisationnels propres à pratiquement tout système communiste. Rien de tout cela dans les pays dominés par l'économie de marché, comme le Honduras, le Guatemala, la Thaïlande, la Corée du Sud, le Chili, l'Indonésie, le Zaïre de Mobutu, l'Allemagne, et les Etats-Unis...

* Ce livre n'est traduit qu'en néerlandais.

Commenter cet article