Le capitalisme : source de pauvreté et de misère

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Le capitalisme : source de pauvreté et de misère

Economie des USA : une bombe à retardement

Le miracle économique socialiste


Le capitalisme : source de pauvreté et de misère
(Thomas Gounet, EM n°45 - 1999)

''Le capitalisme apporte richesse et bien-être, par contre, le communisme n'apporte que pauvreté et misère.'' Tel est le message que nous serinent quotidiennement les médias, l'enseignement, les partis politiques... Il n'y a pas de mensonge plus flagrant. Les rapports annuels du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) prouvent le contraire et font voler en éclats le miroir aux alouettes du capitalisme. Le PNUD est l'agence de l'ONU qui se penche sur la problématique de la pauvreté et du développement du tiers monde. Chaque année, il publie un rapport reprenant les données chiffrées les plus importantes sur la répartition des richesses, sur la situation des soins de santé, etc. 1, dans tous les pays.

Le gouffre mortel...

Il est impossible de ne pas voir ce gouffre hallucinant entre riches et pauvres. L'étendue de la fortune détenue par une poignée de capitalistes est tout simplement incroyable : Les dix hommes les plus riches de la planète possèdent une fortune égale à une fois et demie celle de l'ensemble des cinquante pays les plus pauvres qui comptent quelque 540 millions d'êtres humains. 2 Près de 400 multimilliardaires sont aussi riches que 45 pour-cent de la population totale de la planète. 3 Le Mexicain le plus riche possède à lui seul autant que 17 millions de ses concitoyens les plus pauvres. 4 Au niveau mondial, par rapport aux 20% les plus riches, les 20% plus pauvres consomment : 11 fois moins de viande, 17 fois moins d'énergie, 77 fois moins de papier, 145 fois moins de voitures 5

... ne cesse de s'élargir !

L'heure n'est pas à l'amélioration de la situation. Le gouffre entre riches et pauvres ne cesse de s'élargir. En 1960, les 20% les plus riches possédaient 30 fois plus que les 20% les plus pauvres. En 1994, ce rapport était déjà passé à 78. 6 Alors que les riches ne cessent d'accumuler, les pauvres s'enfoncent davantage dans la misère. La consommation mondiale totale a, à peu près, doublé au cours des vingt dernières années. Elle a atteint le niveau incongru de 840 000 milliards de BEF par an. 7 La richesse globale s'accroît, par conséquent, alors que la pauvreté et la misère augmentent tout autant.

· Depuis 1980, le milliard le plus pauvre sur la planète a vu ses revenus régresser. 8

· Un Africain consomme aujourd'hui en moyenne 20% de moins qu'il y a 25 ans. 9

· Au cours de ces quinze dernières années, le nombre d'habitants ''extrêmement pauvres'' a doublé en Amérique latine. 10

· Au Mexique, le nombre de pauvres augmente chaque année d'un million d'unités. 11

· Aujourd'hui, 3 milliards d'êtres humains doivent se débrouiller avec un revenu quotidien inférieur à 70 BEF et un milliard d'entre eux doivent même se contenter de moins de 35 BEF. 12

· En 1970, le nombre d'êtres humains complètement sous-alimentés n'était encore que de 103 millions. Aujourd'hui, plus de 215 millions d'hommes, de femmes et d'enfants sont touchés par ce fléau. 13

Jamais le capitalisme n'a produit autant de marchandises, et pourtant la misère n'a jamais été si grande non plus. La soif de profit du capital marche littéralement sur des millions de cadavres. Notre système économique, tant encensé dans les universités, condamne en réalité des centaines de millions d'humains à une existence dénuée de la moindre perspective.

· Chaque année, 17 millions d'enfants meurent de maladies aisément guérissables : soit le décès de 46 500 enfants par jour. 14

· L'exploitation du travail des enfants concerne, dans les pays en voie de développement, quelque 75 millions de gosses. Ces enfants travaillent dans des conditions inhumaines. Ils se prostituent ou sont ''esclavagisés''. 15

· Un habitant sur trois des pays les moins développés n'atteint pas l'âge de quarante ans. 16

· Quelque 840 millions d'humains souffrent de la faim. 17 Ils sont presque autant à ne pas recevoir de soins médicaux. 18

· 1,5 milliard d'êtres humains n'ont pas accès à l'eau potable. 19 1,1 milliard n'ont pas de logement. 20

· Environ la moitié des habitants de la planète ne dispose pas d'installations sanitaires. 21

Les chiffres des rapports annuels ne vont pas plus loin que 1995, donc bien avant la crise qui a éclaté en Asie et dans le reste du monde... Dans les pays riches également, la pauvreté et la misère s'accroissent. Dans les prétendus pays ''développés'', entre 7 et 17% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. 22 Les conditions de vie indignes et inhumaines ne constituent pas l'apanage des gens du tiers monde. Plus de 100 millions de personnes vivant dans le Nord prospère partagent le même sort !

· Plus de 10 millions d'êtres humains sont sans-abri. 23

· Au moins 37 millions sont sans emploi. 24

· Les Etats-Unis comptent 30 millions de pauvres. Environ la moitié de la population noire vit dans la pauvreté. 13 millions d'enfants de moins de douze ans connaissent la faim. 25

· En Grande-Bretagne, depuis les années 1980, le nombre de pauvres est passé de 9 à 15%. Aujourd'hui, un million et demi de familles n'ont pas suffisamment à manger. 26

· En Allemagne, il y a 6 millions de pauvres. Un étranger sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté. 27

· Le travail des enfants en Europe concerne 2 millions de gosses. 28

Le capitalisme n'est pas le remède mais bien la cause

La pauvreté n'est pas un phénomène naturel. Ce n'est pas non plus un coup du sort. Il est même possible de la résoudre très simplement. 80 milliards de dollars suffisent annuellement pour permettre à chacun d'accéder à l'enseignement et aux soins de santé. Ce montant, suffisant pour éradiquer la pauvreté la plus criante dans le monde, est inférieur au revenu cumulé des sept personnes les plus riches de la planète... 29 Il représente à peine 0,35% du revenu annuel des pays industrialisés. 30 Mais, dans la politique d'aide au développement, les pays riches n'arrivent pas à rassembler ce montant ridiculement modeste. Au total, ils consacrent 58 milliards de dollars à cette ''aide'', soit 0,25% de leur revenu annuel global. 31 Et cette ''aide'' ne peut empêcher l'élargissement de l'écart des revenus dans le monde. Ce n'est pas difficile à comprendre quand on sait qu'à peine 2,1% de l'aide au développement sont consacrés aux soins de santé et 1,3% à l'alphabétisation et à l'enseignement élémentaire. 32 L'annulation de la dette extérieure des vingt pays les plus pauvres coûte entre 6 et 8 milliards de dollars. C'est moins que le coût du bombardier américain Stealth (Le furtif)... 33 ''Pourquoi consacre-t-on si peu de moyens à améliorer le développement humain dans ces pays où le besoin s'en fait le plus sentir ?'' 34, se demandent alors désespérément les experts de l'ONU.

La réponse est simple. La seule chose qui compte dans le système capitaliste mondial, c'est le profit des capitalistes privés. Aussi l'éradication de la pauvreté ne constitue nullement une priorité. Au contraire, les rapports de l'ONU permettent d'établir comment chaque année quelque 800 milliards de dollars sont pompés des pays du Sud suite à la faiblesse de leur position sur le marché mondial et au remboursement de leur dette. 35 Si, en outre, nous prenons en compte la fuite des capitaux et les relations directes d'exploitation, il est même possible que ce montant atteigne entre 1 200 et 1 600 milliards de dollars. En d'autres termes, les pays du tiers monde sont dépouillés annuellement de 25% à 30% environ des richesses qu'ils produisent. Il n'est donc guère étonnant que ce gouffre ne cesse de s'élargir. Le capitalisme ne peut ni ne veut apporter une solution à la pauvreté. Bien au contraire, le capitalisme est la cause de la misère qui sévit à l'échelle mondiale. La problématique de la nutrition montre à quel point ce système est absurde et criminel. Ces dix dernières années, la production alimentaire s'est accrue d'un cinquième. Bien qu'on n'ait jamais produit autant de denrées alimentaires, près de 800 millions d'êtres humains continuent de souffrir de la faim. 36 Environ 90 pays pauvres consacrent la moitié de leurs devises étrangères à l'importation de nourriture. Et pourtant, la plupart de ces pays sont en état de produire eux-mêmes ces denrées alimentaires en suffisance. 37

Seulement, les rapports de force impérialistes les en empêchent. En Europe et aux Etats-Unis, l'agriculture est très richement subsidiée. De ce fait, les importantes multinationales de l'alimentation peuvent attaquer les marchés du tiers monde, 38 en vendant leurs produits à des prix plus bas que ceux de la production locale. Les paysans locaux ne peuvent absolument pas résister à cette concurrence déloyale et courent donc immanquablement à la faillite. Le cas du maïs aux Philippines est un très bon exemple. Dans le cadre de la libéralisation du commerce sur le plan mondial, ce pays a été forcé d'ouvrir ses frontières, entre autres pour permettre l'importation de maïs en provenance des Etats-Unis. Chaque fermier américain reçoit sous forme de subsides environ cent fois le salaire d'un paysan moyen aux Philippines. 39 Dans de telles conditions, il n'est pas difficile de prévoir le vainqueur, ou de prétendre que nous avons affaire à un marché 'libre-échangiste' où chacun a sa chance.

Le socialisme est supérieur

Les récentes évolutions auxquelles on a assisté en Europe de l'Est et en Europe centrale prouvent, de toute évidence, que le capitalisme sème la mort et la destruction. Dans seize des dix-huit pays qui se sont 'libérés' du socialisme, la pauvreté n'a cessé de croître depuis la chute du Mur de Berlin. Le nombre de pauvres y est passé de 14 millions en 1990 à 120 millions en 1995. 40 L'introduction du capitalisme et de la 'démocratie' dans les anciens pays socialistes a déjà coûté la vie à deux millions de personnes 41. Dans cette optique l'Inde capitaliste ne supporte pas la comparaison avec la Chine communiste. En effet, si l'Inde pouvait proposer les mêmes soins de santé que la Chine, il y mourrait annuellement 1,7 millions d'enfants en moins 42. La même chose vaut pour la comparaison entre Cuba communiste et l'Amérique latine capitaliste. Avec les équipements sanitaires et médicaux dont dispose Cuba, 400 000 enfants latino-américains pourraient être sauvés chaque année et 20 000 femmes de moins mourraient en couches. 43 Chaque année, en Amérique latine, 95 000 personnes meurent de mort violente suite à la violence politique et sociale. 44 A Cuba, pas une seule.

A ce propos, les chiffres ne mentent pas, le socialisme obtient des résultats incomparablement meilleurs. Dans un moment d'inattention, les experts de l'ONU reconnaissent l'effet bienfaiteur du socialisme : ''A l'époque de la guerre froide, la menace du communisme représentait pour les régimes non communistes un incitant important à améliorer la situation des pauvres. Les gouvernements de l'Indonésie, de la Corée du Sud, de la Malaisie et de la Thaïlande améliorèrent le sort des démunis afin de prévenir les troubles sociaux et les révoltes.'' 45

Le capitalisme tente de s'accrocher

Le capitalisme s'avère intéressant pour une élite privilégiée mais plonge la grande majorité des êtres humains dans la misère. Seul le socialisme est en mesure de résoudre les problèmes de la pauvreté, de la santé, de l'enseignement, de l'emploi, pour tout le monde... Le capitalisme est dans une impasse et, en maints endroits, la situation est explosive. Toutes les conditions sont présentes pour renverser le système. Les experts de l'ONU s'en rendent parfaitement compte.

L'euphorie qui a suivi la chute du Mur de Berlin cède progressivement la place à l'angoisse et à la panique au sein de la classe capitaliste. ''La pauvreté est criante'', écrivent ces experts. ''Elle peut déclencher des réactions violentes. Ceux qui profitent du statu quo ont souvent défendu leurs positions par la violence. Et dans le passé, lorsque le mécontentement et la frustration ont atteint un point critique, les pauvres en maints endroits ont recouru à la lutte armée.'' 46 Les experts insistent à juste titre sur le fait que la situation actuelle constitue un terreau fertile pour la naissance d'insurrections et de révolutions. Cela, ils craignent comme la peste. C'est pourquoi ils se mettent anxieusement en quête de 'réformes pacifiques'. Toutefois, ils se rendent parfaitement compte que les réformes progressives et l'action non violente ne fourniront que peu de résultats : ''Toute stratégie qui désire éradiquer cette pauvreté doit tenir compte du fait qu'un très grand nombre de personnes ont tout intérêt à ce que survive cette pauvreté.'' 47 L'histoire de ce siècle nous permet en effet de voir que seul le renversement de la classe capitaliste est à même d'ouvrir la voie menant à l'amélioration du sort des masses et que seule la construction du socialisme pourra éliminer définitivement la pauvreté et la misère. Au cours de chaque année perdue à attendre, le capitalisme mondial tue des dizaines de millions d'êtres humains et en précipite des centaines de millions d'autres dans des conditions de vie absolument indignes.

Tableau 1 : Les priorités du capitalisme mondial 48

Montant annuel nécessaire pour :

Enseignement pour tous :
6 milliards US $

Eau potable pour tous :
9 milliards US $

Accouchement normal pour toutes les femmes :
12 milliards US $

Soins de santé de base et nourriture pour tous :
13 milliards US $

Suppression de la pauvreté extrême :
40 milliards US $

Dépenses annuelles pour :

Fêtes et divertissements des managers japonais :
35 milliards US $

Boissons alcoolisées en Europe :
105 milliards US $

Drogues :
400 milliards US $

Armement :
780 milliards US $

Publicité et marketing :
1 000 milliards US $

Source : Human Devellopment Report 1998


Les ''bienfaits'' du capitalisme en Europe de l'Est et en Europe centrale

Depuis la chute du Mur de Berlin en 1989, la situation en Europe de l'Est et dans l'ancienne Union soviétique a considérablement empiré. Dans 16 des 18 pays, la pauvreté s'est accrue depuis l'abandon du communisme. 49 Dans l'ancienne Union soviétique, le nombre de pauvres est passé de 14 millions à 120 millions. 50 Aujourd'hui, plus d'un tiers de la population doit se débrouiller avec moins de 140 BEF par jour. 51 En Russie même, plus de 60% des enfants de moins de six ans vivent en dessous du seuil de pauvreté. En Bulgarie, ce chiffre est de 40%, de 35% en Roumanie et de 20% en Pologne. 52 En Russie, 14% des enfants sont sous-alimentés de façon chronique. 53

En Pologne, deux tiers des mères célibataires vivent avec moins que le revenu minimum d'existence. Dans ce même pays, le nombre de suicides a augmenté de 25%. Dans d'autres pays de l'ancienne Union soviétique, ce chiffre a même doublé. 54 Par rapport à 1989, la criminalité en Bulgarie est quatre fois plus forte, et trois fois plus forte en Hongrie, en Tchéquie et en Slovaquie. 55 En Pologne, le nombre de meurtres a augmenté de 60%. Dans d'autres pays, cette augmentation dépasse même 250%. 56 En Russie, l'espérance de vie de la population masculine a baissé de 63 ans à 58 ans, c'est-à-dire moins qu'en Bolivie et au Lesotho. 57 Le rapport de l'ONU estime le nombre de morts dans les anciens pays socialistes suite aux nouvelles maladies (aisément guérissables) et aux conflits armés à quelque 2 millions depuis le passage au capitalisme. 58

La Chine communiste par rapport à l'Inde capitaliste

Depuis le début de la révolution, la Chine a enregistré des progrès impressionnants dans sa lutte contre la pauvreté. Le taux de mortalité infantile, c'est-à-dire le nombre d'enfants mourant avant d'avoir atteint l'âge d'un an, a baissé. Il est passé de 200 pour 1 000 à 42 pour 1 000. L'espérance de vie a presque doublé en passant de 35 ans à 69 ans. Le pourcentage d'analphabètes a été ramené à 19%. En 1949, l'écrasante majorité de la population vivait encore dans une pauvreté abyssale. Ce chiffre a baissé et n'était plus que de 9% dans les années 1980. Et la faim a été totalement éradiquée. 59

En Inde, au contraire, plus de la moitié des enfants de moins de quatre ans sont sous-alimentés. Dans les campagnes, 39% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, contre 30% dans les villes. La moitié de la population est toujours analphabète. L'espérance de vie y est de 61 ans, soit 8 ans de moins qu'en Chine. 60 Si l'Inde pouvait proposer les mêmes soins de santé qu'en Chine, annuellement, 1,7 millions d'enfants échapperaient à la mort. 61

C'est le capitalisme qui provoque le problème des réfugiés et qui en tire des profits supplémentaires

L'impérialisme sème la mort et la destruction. En conséquence, de très nombreuses personnes s'enfuient. Actuellement, il y a un total de 46 millions d'expatriés. La plupart se sont réfugiés ailleurs dans leur propre pays. Environ 16 millions de réfugiés se trouvent dans un autre pays que le leur. Sur ces 46 millions, les pays du tiers monde en accueillent eux-mêmes quelque 40 millions. 6 millions seulement cherchent refuge dans les pays riches. 62 Par-dessus le marché, le capitalisme tente encore de tirer de substantiels profits de cet afflux de réfugiés.

On importe des 'étrangers' en fonction des besoins du capitalisme, c'est ce qu'on appelle le 'contingentement'. Les étrangers hautement qualifiés ou bien nantis sont les seuls bienvenus. Les autres sont refoulés. Les 'illégaux' qui parviennent toutefois à entrer doivent pour survivre travailler à des salaires ridiculement bas et sans la moindre protection sociale. Le rapport du PNUD de 1997 déclare : ''Même les pays qui se sont constitués sur base de l'immigration, comme l'Australie, le Canada et les Etats-Unis, deviennent de plus en plus regardants en ce qui concerne les personnes qu'ils souhaitent laisser entrer. Ils donnent la priorité aux personnes hautement qualifiées, ce qui fait que les meilleures forces vives ne cessent de quitter les pays en voie de développement. Et alors qu'ils limitent de plus en plus l'afflux de réfugiés, ils accueillent favorablement ceux qui se présentent avec d'importants capitaux.'' 63 Ceci prouve très clairement que le problème des réfugiés est une composante de la lutte des classes, aussi bien chez nous qu'à l'échelle mondiale.

La catastrophe écologique

L'insatiable faim que connaît le capital dévore également la nature. Depuis 1945, en raison de la progression de la désertification et de la pollution du sol, 2 milliards d'hectares de terres fertiles ont été perdus, soit l'équivalent de la superficie totale de l'Inde, de la Chine et du Brésil mis ensemble. 64 À l'échelle mondiale, le nombre de kilomètres carrés de forêts par millier d'habitants a baissé, depuis 1970, en passant de 11,4 à 7,3. 65 L'émission de dioxyde de carbone s'est multipliée par quatre depuis 1950. 66 Mais ici aussi, ce sont les paysans et les travailleurs du Sud qui sont les principales victimes. ''Bien que les populations démunies soient les plus touchées par les dégâts causés à l'environnement, elles en sont rarement la cause principale'', fait remarquer un rapport du PNUD de 1998. 67 Aux Philippines, rien que sous le régime Marcos, la moitié de la superficie totale en forêts a disparu. Quelques centaines de capitalistes y ont fait main basse sur 1.500 milliards de francs (BEF) de bénéfices et ont abandonné les 18 millions d'habitants des zones forestières dans le complet dénuement et dans un environnement complètement détruit. 68 Les conséquences néfastes du déboisement et de la destruction des terres fertiles sévissent pour 80% dans les pays en voie de développement. 69 Actuellement, 130 millions d'habitants du Sud doivent se battre jour après jour contre une pénurie d'eau. Vers le milieu du 21e siècle, ce chiffre pourrait grimper jusqu'à 1 milliard et certains avancent même le chiffre de 2,5 milliards. 70

60% des dégagements de dioxyde de carbone proviennent des pays industrialisés (20% de la population totale) mais ce sont les pays du Sud qui en souffrent le plus en raison de leur type de climat. 71 Annuellement, 2,7 millions de personnes meurent des effets de la pollution atmosphérique. La plupart sont originaires du tiers monde. 72 Le Nord ne sait plus que faire de ses montagnes de déchets. Il n'hésite, par conséquent, pas à larguer toute sa crasse dans le Sud. Aussi, par exemple, le Paraguay et l'Uruguay sont-ils devenus les destinations favorites des déchets en provenance de l'Europe et des Etats-Unis. 73 Au moins un demi-milliard de personnes, parmi les plus démunies de notre planète, vivent dans un environnement naturel complètement dégénéré. Environ 135 millions de personnes courent désormais l'imminent danger de devenir des réfugiés 'écologiques'. 74

Notes : 1. Human Development Report, 1996, 1997 et 1998. Abrégé par la suite en HDR, suivi de l'année de parution. • 2. HDR, 1997, p.38. • 3. HDR,1996, p.2. • 4. HDR, 1997, p.38. • 5. HDR, 1998, p.0. • 6. HDR, 1997, p.9. • 7. HDR, 1998, p.1. • 8. HDR, 1998, p.7. • 9. HDR, 1998, p.2. • 10. PNUD, Discussion Paper Series nr. 2, 1996, p.32; Unicef, La situation des enfants dans le monde. Récapitulatif. Bruxelles 1997, p.33. • 11. De Morgen, 14 octobre 1998. • 12. HDR, 1998, p.51. • 13. HDR, 1998, p.50. • 14. HDR, 1998, p.50. • 15. HDR, 1997, p.31. • 16. HDR, 1997, p.5. • 17. HDR, 1997, p.5. • 18. HDR, 1998, p.2. • 19. Id. • 20. Id. • 21. Id. • 22. Id. • 23. Id. • 24. HDR, 1998, p.27. • 25. HDR, 1998, p.51. • 26. HDR, 1997, p.73. • 27. HDR, 1997, p.61. • 28. Le Monde Diplomatique, janvier 1998, p.1. • 29. HDR, 1997, p.112. • 30. Calcul effectué sur base de HDR, 1997, p.183. • 31. HDR, 1998, p.37. • 32. Knack, 11 novembre 1998, p.61. • 33. HDR, 1997, p.93. • 34. HDR, 1998, p.37. • 35. HDR, 1997, p.84 en 85. • 36. HDR, 1996, p.20. • 37. HDR, 1997, p.86. • 38. Le dumping n'est autre que la vente à un prix inférieur au prix de revient, et ce, dans l'intention d'écraser les concurrents. • 39. HDR, 1997, p.85. • 40. HDR, 1997, p.35. • 41. HDR, 1997, p.29. • 42. Calcul effectué sur base de HDR, 1998, pp.156-7 et pp.176-7. • 43. Id. • 44. The Economist, 8 mars 1997. • 45. HDR, 1997, p.104. • 46. HDR,1997, p.94. • 47. HDR, 1997, p.95. • 48. HDR, 1998, p.63. • 49. HDR, 1997, p.89.• 50. HDR, 1997, p.35. • 51. HDR, 1997, p.3. • 52. HDR, 1997, p.35. • 53. HDR, 1997, p.79. • 54. HDR, 1997, p.35. • 55. HDR, 1997, p.31. • 56. HDR, 1997, p.35. • 57. HDR, 1997, p.80. • 58. HDR, 1997, p.29. • 59. HDR, 1997, p.49. • 60. HDR, 1997, p.51. • 61. Calcul effectué sur base de HDR, 1998, pp.156-7 et 176-7. • 62. HDR, 1997, pp.65-6. • 63. HDR, 1997, p.85. • 64. HDR, 1998, p.55. • 65. HDR, 1998, p.54. • 66. HDR, 1998, p.56. • 67. HDR, 1998, p.66. • 68. HDR, 1998, p.74. • 69. HDR, 1998, p.55. • 70. Id. • 71. HDR, 1998, p.57. • 72. HDR, 1998, p.67. • 73. HDR, 1998, p.73. • 74. HDR, 1998, p.74.

Economie des USA : Une bombe à retardement

(Raisa Pages, Granma international, 25 Avril 2002)

Le pragmatisme nord-américain a cédé du terrain devant la nécessité de diffuser une image économique optimiste devant les autres pays. La grande majorité des économistes des États-Unis considère que la récession prendra fin en 2002, mais ni le développement de l'industrie de guerre, ni l'augmentation des dépenses du Pentagone n'ont pu contrecarrer les dégâts occasionnés par la hausse soutenue du prix du pétrole et la réaction en chaîne déclenchée par le scandale de la compagnie Enron.

Un consultant nord-américain, Isaac Cohen, a déclaré que la hausse des prix de l'énergie peut freiner la relance. Devant la montée des prix des combustibles, les banques centrales ne manqueront pas d'augmenter leurs taux d'intérêt, ce qui aura un effet négatif sur l'expansion économique.

Pour Richard Clarida, sous-secrétaire au Trésor, le gouvernement attend une réactivation des investissements des entreprises, mais la baisse de ces dépenses se poursuit depuis quatre trimestres consécutifs, ce qui n'était pas arrivé depuis 1992, lorsque cet indicateur économique avait baissé durant un an et demi.

«Les résultats des entreprises confirment le pessimisme de Wall Street» : c'est ainsi que CNN titre un commentaire sur des déclarations publiées par le Wall Street Journal. James Paulsen, directeur général des investissememts de Wells Capital Management, se demande s'ils traversent une période prolongée de stagnation ou, du moins, de rendements médiocres.

«Il existe de nombreuses incertitudes quant à l'évolution du second semestre», rapporte Charles Hills, directeur de recherche de First Call. La perte de confiance des investisseurs occasionnée par l'existence de conduites illégales pour couvrir la faillite de l'entreprise Enron, influe négativement sur le retour à l'expansion économique.

Irrationalité spéculative

L'économie de la première puissance mondiale est devenue une énorme «bulle financière», par le biais d'un processus spéculatif irrationnel à la bourse des valeurs. Le capital financier nord-américain rassemble une énorme masse d'argent qui dépasse largement la valeur de la production en biens et services du pays. Réellement, les causes profondes de la récession des États-Unis n'ont pas été suffisamment mises à jour. La majorité des experts ne paraissent pas convenir de la nécessité d'en approfondir les motifs.

À la recherche de points de vue spécialisés, Granma international a interviewé le docteur en Sciences économiques, Francisco Covarrubias, chercheur au Centre d'études de l'économie internationale de Cuba (CIEM), qui explique que la forte expansion de l'économie des États-Unis durant les annés 90 a laissé un lourd fardeau de déséquilibres économiques et financiers. L'expansion économique de la première économie de la planète est due essentiellement aux ressources financières extérieures, a-t-il souligné. Pour l'année 2001, elles ont représenté environ 26% des investissements totaux dans le pays, plus du triple qu'en 1995.

«La recherche de hautes marges de bénéfices faciles et rapides —favorisée par les avancées technologiques, les changements institutionnels et une importante entrée de capitaux étrangers— a intensifié le transfert massif des entreprises et des particuliers vers les marchés financiers, surtout vers l'achat et la vente d'actions, ce qui a créé d'énormes disparités entre l'hyperdynamisme de ce marché et le reste des activités économiques».

La perte de revenus, en 18 mois, du fait de la dépréciation de la valeur des titres donnait, en septembre 2001, un résultat équivalant à 75% du Produit intérieur brut des États-Unis, une proportion supérieure à celle qui a suivi le krach de 1929.

L'endettement démesuré des familles et des compagnies nord-américaines va bien au-delà de leurs réelles capacités de paiement, ce à quoi il faut ajouter que la principale garantie est la valeur virtuelle des actions qu'ils possèdent, affirme le docteur Covarrubias. Fin 2001, la dette des foyers nord-américains absorbait plus de 92% de leurs revenus. Et pour ce qui concerne les entreprises, la valeur de leurs obligations contractées dépassait le 100% du PIB étatsunien, c'est-à-dire 10 milliards de dollars.

Perte de crédibilité bancaire

Pour l'expert cubain, l'autre aspect de cette spirale d'endettement est la conduite irresponsable des banques nord-américaines et étrangères. Les banques ont autorisé trop largement les crédits, sans respecter les règles les plus élémentaires et en acceptant comme unique garantie les titres boursiers, a-t-il souligné. Les organismes financiers nord-américains ont même octroyé des prêts à des personnes non solvables qui, en raison de leurs antécédents bancaires, ne trouvent nulle part de possibilités de financement. Il s'agit, a-t-il expliqué, d'encaisser d'importants intérêts et des commissions encore plus fortes.

Ces crédits, appelés «subprime», sont passés de 27 milliards de dollars au début des années 90 à plus de 430 milliards de dollars actuellement, ce qui équivaut à 10% de tous les prêts hypothécaires étasuniens. Ce qui est en question, c'est la fiabilité des banques nord-américaines. Huit des 22 organismes financiers qui ont fait faillite depuis 1997 avait alloué un grand nombre de prêts «subprime».

Un autre élémemt de déséquilibre économique est la progressive diminution des possibilités d'épargne des familles nord-américaines, qui a atteint le niveau le plus bas de toute l'histoire économique du pays. Le plus inquiétant est que plus de 60% des économies personnelles des Étasuniens sont placées dans la roulette de «l'économie de casino».

Artifices économiques et augmentation du chômage

Le léger changememt observé —sur lequel se basent les plus optimistes pour penser que le plus dur de la récession est passé— est consécutif à la hausse de la consommation de biens durables observée au dernier trimestre de 2001, le meilleur chiffre de ces 15 dernières années. Cependant, cette tendance est le résultat des campagnes de ventes à terme sans intérêt, lancées par les trois grands constructeurs automobiles de Détroit (General Motors, Ford et Chrysler) qui ont généré des ventes record d'octobre à décembre.

La guerre en Afghanistan et les dépenses engagées pour renforcer la sécurité intérieure du pays, ont réanimé le complexe militaro-industriel, non seulement du fait de l'augmentation des dépenses du Pentagone, qui ont progressé de 9% après les événements du 11 septembre, mais aussi de l'armement des pays alliés dans la croisade anti-terroriste lancée par Washington. Tout cela a contribué à l'augmentation des dépenses publiques.

Certains analystes basent leurs critères d'avenir sur une prévision de la baisse du taux de chômage, due d'ailleurs à un artifice comptable qui ne prend en compte que ceux qui déclarent être à la recherche d'un emploi et non les personnes déçues par une recherche infructueuse et qui ont choisi de faire valoir leur droit à la retraite avant la perte de leur poste de travail. Les études relatives au marché de l'emploi indiquent que le chômage va continuer de monter et atteindre 6,5%, indépendament de l'évolution du PIB, affirme l'expert du CIEM.

Industrie en chute libre

Depuis les 15 mois de la deuxième guerre mondiale, une telle baisse aussi prolongée de la production industrielle n'avait jamais été enregistrée. Ce secteur a réduit son personnel de 1 300 000 travailleurs, soit 7% des emplois.

Les ventes d'automobiles ont enregistré une chute spectaculaire et les faillites historiques ont ébranlé le système boursier des États-Unis. Le syndrome Enron prédit d'autres déboires. Alan Greenspan, président de la Junte fédérale de réserve, a reconnu lui-même que « ... le degré de vigueur des investissements financiers et le niveau de dépense des foyers restent incertains».

L'endettement et la spéculation, les moteurs de l'économie de consommation nord-américaine, constituent une véritable bombe à retardement, que rien ne pourra désamorcer, pas même les guerres providentielles.

Le miracle économique socialiste

(Thomas Gounet)

A propos du livre "Victoires et déboires. Histoire économique et sociale du monde du XVIe siècle à nos jours" de Paul Bairoch

Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, il est une évidence que la bourgeoisie mondiale ne veut plus mettre en question : le capitalisme a gagné ; il est plus efficace que le socialisme ; il a remporté la bataille économique ; et, en outre, il est démocratique, alors que le socialisme est ''totalitaire'', un mot qui ne veut rien dire, mais qui a l'avantage de placer sur le même pied communisme et fascisme. Sur cette base, l'arrogance patronale est sans bornes. Tout doit disparaître au profit des multinationales, car elles sont les seules à pouvoir apporter la prospérité et le progrès à l'humanité.

Témoin de cette certitude, le nouveau livre de l'Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE), le club des pays riches, intitulé ''Pour l'ouverture des marchés''. Les avantages de la libéralisation des échanges et de l'investissement. Dans celui-ci, on peut lire en effet : ''S'il demeure exact - ce qui est probablement inacceptable - que 1,5 milliard de personnes vivent encore dans la misère aujourd'hui, il n'en est pas moins vrai que le relèvement des niveaux de vie associé à un ordre commercial plus libéral a effectivement contribué à tirer quelque 3 milliards d'autres individus hors de la pauvreté depuis la fin de la guerre.'' 1

Et : ''Le commerce et l'investissement internationaux n'opèrent pas un partage entre gagnants d'un côté et perdants de l'autre. En fait, le commerce et l'investissement offrent à tous les pays la possibilité d'atteindre une plus grande prospérité.'' 2

Le livre de Paul Bairoch, Victoires et déboires. Histoire économique et sociale du monde du XVIe siècle à nos jours, permet de réfuter ce genre d'affirmations gratuites. Bairoch est économiste, spécialiste des données quantitatives. Il veut retracer, à travers 2 788 pages, l'histoire du monde depuis l'an 1500. La tentative ne manque pas d'atouts et mérite le détour en tant que telle, car basée sur des faits et des chiffres. Le point faible réside sur le plan théorique : il essaie de formuler des conclusions générales à partir des données quantitatives, au lieu de débattre des théories en tant que telles sur base des chiffres et des faits. Mais un des points les plus intéressants, c'est le constat que Bairoch tire de l'expérience des pays socialistes : ce sont de relatifs succès économiques.

Et, pourtant, il souligne, comme tous les anticommunistes, le caractère ''non démocratique'' des régimes qui ont instauré une alternative au capitalisme. Il utilise aussi les sources occidentales, car il trouve que celles élaborées par les experts socialistes ne sont pas assez fiables. Il tente sans cesse de relativiser les conclusions auxquelles il doit aboutir en lisant les données quantitatives qu'il présente. Ce n'est donc pas un livre complaisant pour le socialisme.

Un même constat positif pour les autres économies socialistes :

Bairoch s'attaque alors à une autre grande expérience socialiste : la Chine. De nouveau, l'analyse est simple : la période capitaliste est celle de la stagnation et de la misère ; après 1949 et la révolution, c'est le progrès économique et social, certes pas uniforme, mais quand même rapide si on le considère sur une longue période. L'économiste souligne :

''La Chine, au moment de la création de la république populaire, est un pays meurtri par les conséquences de l'invasion japonaise et la longue guerre civile. En revanche, elle a hérité aussi des investissements réalisés par le Japon en Mandchourie. Toutefois, son niveau d'industrialisation par habitant vers 1949 était à peu de chose près celui de 1938 qui, lui-même, n'était que légèrement supérieur à celui de 1913 ; donc, pratiquement une stagnation du niveau d'industrialisation entre 1913 et 1949, alors qu'en Inde, par exemple, on a assisté à un doublement. Vers 1949, le niveau d'industrialisation de la Chine était voisin ou un peu inférieur à celui de la moyenne du tiers monde à économie de marché. Or, le niveau atteint par la Chine en 1976 à la mort de Mao est (d'après mes estimations basées sur les sources occidentales) supérieur de quelque 65 à 70% au niveau d'industrialisation moyen du tiers monde à économie de marché (mais supérieur de seulement 40 à 45% à celui de l'Inde ; et inférieur de 60 à 70% à celui du Brésil).'' 13

Et l'économiste d'ajouter ce qui est remarquable dans cette performance : primo, cette croissance concerne une longue période ; secundo, c'est un pays très important du point de vue démographique ; tertio, le pays a été très peu aidé par l'étranger.

Il aborde les autres pays socialistes : Vietnam, Corée du Nord, Cuba. Le plus intéressant est son analyse de l'île américaine.

Son titre est évocateur : ''Cuba : un déséquilibre entre réussite sociale et débâcle économique.'' 14 Il souligne les performances en matière de bien-être de la population : mortalité infantile de 9 pour mille, au milieu des années 90, contre 47 pour mille ailleurs en Amérique latine ; espérance de vie de 76 ans, contre 64 ans en Amérique latine ; scolarisation dans le secondaire de 89%, contre 53% en Amérique latine... Les soins médicaux sont presque gratuits et le nombre de médecins est passé de 6 000 en 1960 à 19 000 en 1985. 15

Mais que dit-il de l'échec économique ? ''En raison notamment de l'embargo commercial, la croissance n'a pas été rapide, et (...) en raison de la fin des relations privilégiées avec les pays de l'Est, entre 1989 et 1993, on a assisté à un recul de près de 40% du PNB''. Mais ajoute-t-il de suite : ''1994 et, surtout, 1995 furent des années de reprise''. 16 Donc cette 'faillite' est due à deux facteurs extérieurs : le blocus américain, mis en place en août 1960, suite à l'expropriation en mai 1959 des propriétaires fonciers américains, et renforcé en mai 1996 par la loi sanctionnant même les firmes non américaines si elles ont des relations avec Cuba ; la chute du socialisme dans les pays de l'Est qui ont mis fin presque du jour au lendemain aux relations qu'ils avaient avec l'île. Ce n'est donc pas le système qui est mis en cause. Au contraire. Car on pourrait se demander comment ce pays dispose d'autant de facilités sociales, comment il peut les financer, alors qu'en Europe, beaucoup plus riche, les patrons et leurs gouvernements sont en train de les démanteler.

3. Le capitalisme, producteur de misère :

Bairoch en arrive donc à montrer les succès économiques des pays socialistes, même s'il s'en défend. On peut même en conclure que, sur les plans économique et social, le socialisme a triomphé. Car le constat sur le capitalisme est terrible et totalement contraire à ce que présentent les capitalistes, notamment l'OCDE. C'est la polarisation généralisée entre riches et pauvres à l'échelle de la planète. L'économiste écrit :

''Mais, dès 1860-1870, entre le futur tiers monde et le futur monde développé, l'écart en termes de niveau de vie moyen était déjà de 1 à 2 ; et l'essentiel de cet écart provenait d'une progression du niveau des pays développés. Dès 1950, il s'établissait à 1 à 5,1. Malgré le ralentissement de la croissance des pays développés à partir de 1975, cet écart est de 1 à 7,4 vers 1980. Durant la décennie 1980-1990, le ralentissement de la croissance ayant été beaucoup plus marqué dans le tiers monde que dans les pays développés, l'écart se creuse encore très sensiblement puisque, en 1990, l'écart est de 1 à 8. Durant les premières années de la décennie 1990, vu la faible croissance économique enregistrée par les pays développés occidentaux ainsi que le fort recul des pays ex-communistes et la forte croissance de la Chine, l'écart entre le tiers monde et le monde développé s'est même rétréci ; en 1995, il s'établissait de 1 à 6,9.'' 17

Et Bairoch propose un tableau dont la colonne la plus intéressante est celle qui montre l'écart du niveau de vie entre les pays développés occidentaux et les nations du tiers monde à économie de marché, c'est-à-dire la différence dans le développement au sein même du système capitaliste. Les chiffres sont édifiants, prouvant la disparité croissante entre pays riches et pays pauvres : 1 à 5,7 en 1950 (les pays développés sont 5,7 fois plus riches que les nations du tiers monde) ; 1 à 6,5 en 1960 ; 1 à 8,4 en 1970 ; 1 à 8,5 en 1980, un ralentissement de l'écart dû à la crise économique, qui fait chuter la production en 1974 et 1975, puis en 1979 et 1980 ; 1 à 10,2 en 1990 ; enfin, 1 à 10,3 en 1995. 18

On peut voir aussi que le capitalisme agressif des années 80 (Thatcher et Reagan) a entraîné non pas plus de développement et de sortie de la pauvreté, mais, au contraire, une plus grande différence entre pays riches et pauvres. Malgré les 'miracles' de l'Asie de l'Est (Corée du Sud, Taiwan, Hong Kong, Singapour, Malaisie, Thaïlande, etc.).

Il n'y a plus qu'à montrer qu'à l'intérieur des pays industrialisés, l'écart entre riches capitalistes et pauvres s'accroît. Une vérité que Bairoch dessine à un autre endroit du livre. Il souligne, par exemple, que les pauvres, définis comme tels par l'Etat, passent de 22% de la population en 1950 à 11% au milieu des années 1970, grâce aux transferts sociaux de revenus, mais remontent à 14,5% en 1994. 19 Le constat n'est pas tendre non plus pour l'Europe, qui défend soi-disant des ''valeurs sociales'' : le taux de pauvreté passe de 11,4% en 1975 pour l'Union européenne (9 pays) à 14,9% en 1985 (12 pays). 20 Et, pour la Grande-Bretagne, c'est un véritable carton rouge : de 6% en 1975 à 23% en 1993. L'inégalité s'aggrave presque partout, titre l'économiste. Aux Etats-Unis, les 20% les plus riches sont en moyenne 7,5 fois plus fortunés que les 20% les plus pauvres en 1971, mais 11,5 fois en 1993 21. On pourrait ainsi continuer.

Evidemment, Bairoch ne présente pas une théorie alternative pour expliquer la chute du socialisme à l'Est. De toute façon, il ne peut le faire, prisonnier de sa vision quantitativiste du monde. Mais son livre est clair sur un point : ce n'est pas l'échec économique qui a conduit au renversement du socialisme. Pour avoir une vision sur ce sujet, mieux vaut se référer à d'autres ouvrages, comme Un autre regard sur Staline ou L'URSS, la contre-révolution de velours. 22

Notes : 1 - OCDE, Pour l'ouverture des marchés. Les avantages de la libéralisation des échanges et de l'investissement, Paris, 1998, p.35. 2 - OCDE, op. cit., p.46. 3 - Paul Bairoch, Victoires et déboires. Histoire économique et sociale du monde du XVIe siècle à nos jours, p.268. 4 - Paul Bairoch, op. cit., p.280. 5 - Paul Bairoch, op. cit., p.285. 6 - Ludo Martens, Un autre regard sur Staline, éditions EPO, Bruxelles, 1994. 7 - Paul Bairoch, op. cit., p.287-288. 8 - Paul Bairoch, op. cit., p.329. 9 - Paul Bairoch, op. cit., p.290. 10 - Paul Bairoch, op. cit., p.291. 11 - Paul Bairoch, op. cit., p.290. 12 - Paul Bairoch, op. cit., p.292. 13 - Paul Bairoch, op. cit., p.892-893. 14 - Paul Bairoch, op. cit., p.1033. 15 - Paul Bairoch, op. cit., p.1034-1035. 16 - Paul Bairoch, op. cit., p.1035. 17 - Paul Bairoch, op. cit., p.1036-1068. 18 - Paul Bairoch, op. cit., p.1037. 19 - Paul Bairoch, op. cit., p.532. 20 - Paul Bairoch, op. cit., p.535. 21 - Paul Bairoch, op. cit., p.537. 22 - Ludo Martens, L'URSS et la contre-révolution de velours, éditions EPO, Bruxelles, 1991.
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